RESUME : L'extraordinaire biodiversité marine expose l'homme à entrer en contact avec
de nombreux animaux venimeux. Cette faune marine dangereuse se concentre essentiellement dans les mers tropicales et tempérées. Le risque de rencontre avec ces organismes aquatiques est en
constante augmentation, lié au développement des activités touristiques, industrielles, scientifiques et militaires. C'est souvent l'homme qui est responsable des accidents, en adoptant un
comportement inadéquat et ignorant envers des animaux rarement agressifs. Heureusement les accidents graves sont peu fréquents
GENERALITES :
Les venins sont des poisons d'origine animale utilisés comme armes d'attaque ou de défense. Ils peuvent être injectés ou projetés chez
les animaux venimeux, excrétés (téguments) ou contenus dans les tissus chez les animaux vénéneux.
On distingue les animaux venimeux actifs, au comportement offensif qui injectent généralement leur venin par voie orale (ex:
serpent, cône, anémone) des animaux passifs adoptant un comportement défensif (ex: batraciens, poisson-pierre, oursins) qui administrent leur venin par voie appendiculaire (queue, dard) ou
dermique (barbes, sécrétions).
Les venins sont des amalgames de haut poids moléculaire, constitués de toxines, d'amines actives sur les vaisseaux sanguins et d'enzymes
détruisant les protéines. Leurs actions sont multiples et complexes : dénaturation des membranes cellulaires, libération par les cellules de substances toxiques (histamine, sérotonine, etc..),
troubles de la coagulation, altération des mécanismes de transport cellulaire et de transmission neuronale, anaphylaxie et choc.
L'appareil venimeux est constitué de glandes à venin (uni- ou pluricellulaire) et d'un appareil vulnérant chez les animaux actifs,
constitué soit d'un dispositif à injection (poire à injection, seringue à piston) soit d'un dispositif de pénétration (aiguille, pointe de harpon, mors, dard, soies).
Chez l'homme les tableaux cliniques sont variés, allant d'une atteinte bénigne à une situation fulminante avec décès (dépend du
type de venin, du site d'injection, du nombre de piqûres ou de morsures). Il est important d'essayer de faire la différence entre une réaction anaphylactique (allergique sévère) et une véritable
envenimation, ce qui n'est pas toujours évident.
1. Les Cnidaires
Les Cnidaires (appelés autrefois Cœlentérés) sont présents sur terre depuis mille millions d'années et regroupent plus de 10 000 espèces dont une centaine
sont dangereuses pour l'homme. Ils sont représentés par les méduses (forme libre), les anémones (polype fixé) et les coraux (squelette calcaire). Ils sont carnivores et caractérisés par une
cavité digestive (cœlentéron) ouverte par une bouche et entourée de tentacules. On distingue 4 classes: les Hydrozoa, les Scyphozoa, les Cubozoa et les Anthozoa.
Méduses
Anémones
Cône
2. Les Cônes
Les cônes sont des mollusques gastéropodes regroupant plus de 600 espèces dont environ 18 sont dangereuses pour l'homme. Il s'agit de prédateurs nocturnes
très évolués d'une taille généralement entre 5 et 10cm, confinés dans la région tropicale des eaux peu profondes de l'IndoPacifique. Les espèces dangereuses pour l'homme sont molluscivores et
piscivores, comme Conus geographus, Conus striatus, Conus textile et Conus tulipa par exemple.
3. Les Poissons
On distingue une vingtaine de familles de poissons venimeux. Ils sont généralement sédentaires, camouflés dans les algues ou les rochers et sont pour la plupart de type
passif-défensif. Au sein des sept principales familles, nous ne parlerons pas des Squalidés (petits requins avec nageoires dorsales venimeuses), ni des Chimaeridés (poissons de grandes
profondeurs), ni des Siluroïdés (silures ou poissons-chats) et ni des Muraenidés (murènes).
Murène
Requin à nageoire dorsale venimeuse
Poisson- chat

4. Les Dasyatoïdés
Ils représentent la familles des
Raies et sont les poissons les plus souvent incriminés aux USA dans les envenimations avec environ 2000 cas par année.5 On distingue les Pastenagues qui sont les responsables majeurs des
envenimations, les Aigles de mer et les Mantas rarement impliqués. Les raies possèdent sur leur queue très flexible un dard venimeux. L'accident classique se produit quand un individu marche sur
une raie posée sur le sable, qui par un mouvement de fouet de sa queue frappe le membre inférieur.
Raie Mantas

Les Aigles de mer
Raie pastenague à taches bleue

5.Les Trachinidés
Ce sont les Vives, que l'on rencontre en Méditerranée, dans l'Atlantique Est et la Mer du Nord. Elles
sont enfouies dans le sable et ne laissent apparaître que le sommet de leur tête. Leur première nageoire dorsale comprenant 5 à 7 épines venimeuses responsables de piqûres dangereuses et très
douloureuses. Elles possèdent également un éperon operculaire bilatéral venimeux. Sur les côtes européennes on rencontre essentiellement la grande Vive, Trachinus draco et la petite Vive,
Echiichthys vipera.
Trachinus draco
Grande Vive
Petite Vive
Echiichthys vipera


6. Les Scorpaenidés
Ce sont les poissons-scorpions qui comprennent 350 espèces dont 80 sont venimeuses. Ils sont caractérisés
par un corps plutôt comprimé, une tête volumineuse cuirassée et sont hérissés d'épines, de crêtes, de sillons et de lambeaux cutanés. Ils possèdent des épines venimeuses céphaliques, dorsales et
anales qui sont des tubes creux reliés à des glandes à venins, que l'animal pointe de manière défensive vers l'individu menaçant. On distingue 3 groupes : Les Scorpènes (Fig.7), les Pteroïs (Fig.8)
et les Synancés (Fig.9).
Les Scorpènes sont des poissons très difficiles à voir, immobiles et posés sur le relief disposant d'un excellent camouflage. Ils comprennent les rascasses
et les scorpions proprement dits.
Scorpaenopsis oxycephala (Scorpion à houppes)

Les Pteroïs sont des poissons magnifiques, très colorés et appréciés
des aquariophiles. Solitaires ou en groupe de 2-3 individus, ils nagent volontiers au-dessus du relief. Leurs appellations sont nombreuses : Poisson-lion, poisson-tigre, poisson-zèbre, poisson-feu,
rascasse volante.
Pteroïs antennata (Pteroïs à antennes)

Les Synancés sont des poissons redoutables, représentés par les poissons-pierre (stone fish).
Fréquents, invisibles, immobiles et sédentaires ce sont les poissons les plus venimeux, leur toxicité étant comparable à celle du cobra.
Synanceia verrucosa (Poisson-pierre)
7. Les Poulpes bleus
Parmi les mollusques céphalopodes, les octopodes (pieuvres) sont connus pour causer des blessures venimeuses chez l'homme. Elles sont très
rares et essentiellement du fait de 2 jolis petits poulpes d'une taille inférieure à 20 cm, Hapalochlaena maculosa dans le sud de l'Australie et Hapalochlaena lunulata dans le Nord (Fig.10). Ces
poulpes aux couleurs attractives surtout pour les enfants, infligent des morsures défensives par le bec qui sont très sévères.
Hapalochlaena lunulata (Poulpe à anneaux bleux)

8. COBRA DE MER
Laticauda colubrina (Cobra de mer)
Répartis abondamment dans les océans Pacifique et Indien les serpents marins
sont absents dans l'Atlantique et en particulier les Caraïbes. Pourvus d'un corps comprimé latéralement, d'une queue aplatie propulsive et d'un poumon unique, ils sont d'excellents nageurs
capables d'apnées de 2 heures. Dociles et craintifs ils deviennent dangereux s'ils sont agressés
9. Les Echinodermes
Nous décrirons uniquement les oursins et les étoiles de mer. Les oursins (Echinoïdes) comportent 900 espèces. De mœurs nocturnes ils sont omnivores. Leur squelette globuleux est recouvert de
piquants primaires et secondaires venimeux. Entre les piquants se trouvent des pédicelles globifères (Fig.12), véritables pinces à mors mobiles tapissés de glandes à venin. Ce dernier est composé
d'enzymes, de sérotonine et de substances neurotoxiques.
Parmi les 1800 espèces d'étoiles de mer (Astéroïdes), une seule est réellement venimeuse. Il s'agit d'Acanthaster planci (dénommée " couronne d'épines "), commune dans les récifs coralliens de
l'IndoPacifique (Fig.13). Cette astérie pouvant atteindre 60 cm de diamètre, prédatrice de corail, possède 7 à 23 bras recouverts de piquants jusqu'à 6 cm de longueur. Son venin est constitué de
substance type histamine, de phospholipase A (enzyme attaquant les membranes cellulaires) et de plancinine (anti-coagulant puissant).
Tripneustes gratilla (Oursin
mître)
Acanthaster planci (Couronne d'épines)
Commentaires